Bourrasque

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Photo d’Emmanuel Macron Emmanuel Macron lors du sommet franco-chinois de Toulouse by Pablo Tupin-Noriega (Wikimedia France) CC BY-SA 4.0

Qu’attendre du quinquennat de Macron

Publié le 3 juillet 2017

Si on en croit ses partisans et les médias, l’élection d’Emmanuel Macron offre une perspective inédite à notre pays. L’arrivée au pouvoir d’un homme politique d’un nouveau genre, porté par un élan populaire sans précédent qui va lui permettre de réformer le pays en profondeur et enfin lui permettre de retrouver son rang sur la scène internationale.

Je suis extrêmement sceptique vis-à-vis de ce discours officiel et dans cet article je vais expliquer pourquoi je pense qu’il ne tient pas. Pour autant je pense que l’élection de Macron est porteuse d’un certains nombres d’espoirs légitimes. Le but de cet article est donc de voir ce qu’on est vraiment en droit d’espérer de ce quinquennat, au-delà du «story-telling» de l’équipe de communication du nouveau président.

L’espoir déçu de renouveau démocratique

L’une des promesses phares du président Macron pour les législatives était de restaurer l’essence démocratique de la Vème république et de rapprocher les Français de leurs représentants en se débarrassant de la caste des professionnels de la politique, qui enkyste le parlement depuis des décennies. Cette idée, louable, a pourtant rencontré un échec partiel. Ce n’est pas dans la réalisation que l’idée a échouée : les candidats de La République En Marche ont raflé la majorité des sièges à l’assemblé, et la majorité d’entre eux n’étant pas d’anciens députés, on se retrouve avec une assemblée qui n’a jamais connu autant de députés novices, et c’est une bonne chose. (Mais il faut rendre à César ce qui est à César, le renouvellement n’est pas uniquement dû à la victoire de La République En Marche. Il est aussi lié à la mise en œuvre de la loi sur le non-cumul des mandats : chez les députés UDI/LR le taux de renouvellement s’élève à 42%). Pourquoi parler d’échec alors ? Et bien simplement parce que ce renouvellement n’est pas issu d’un quelconque élan démocratique, bien au contraire puisque cette élection législative a suscité des records d’indifférence de la part des électeurs. C’est donc plus la résignation que l’enthousiasme qui marque ce début de quinquennat. Cela se constate aussi dans la démographie de la nouvelle assemblée : les professionnels de la politique ont bien disparu, mais ils ont laissé la place à une cohorte de cadres issus des grandes écoles, remplacement de la noblesse élective par la bourgeoisie professionnelle en quelque sorte. On est bien loin de la reconquête de la représentation par la «société civile» tant vantée.

Peu d’enthousiasme pour les réformes

À défaut d’adhésion forte, le nouveau président pourra compter sur l’apathie et la résignation des Français pour mener à bien ses réformes sans rencontrer trop d’opposition. En manque de projet alternatif, et résigné par des années de luttes stériles qui n’ont jamais fait que retarder la destruction inéluctable du modèle français par le rouleau-compresseur libéral et mondialiste, les Français sont prêts pour le grand bouleversement Macronien. La majorité ne croit pas que le démantèlement du droit du travail va réduire le chômage et relancer la croissance, et même quand elle y croit elle n’est guère enthousiaste : dégrader les conditions de travail des 90% qui travaillent pour que les autres 10% puissent trouver un emploi précaire, ça ne fait rêver personne. Mais Macron l’assume, il n’est pas là pour faire rêver, il est là pour redresser les comptes publics, voilà pour le projet de société.

Politiquement, Emmanuel Macron n’est pas «un homme neuf» : énarque, conseiller du président de la république puis Ministre de l’Économie, son parcours est assez classique, mais il aura eu le talent de s’émanciper du parti Socialiste au bon moment et de réussir avec brio sa campagne de communication pour s’imposer à la présidentielle. Idéologiquement par contre, il s’inscrit dans la continuité totale des 35 dernières années de politique française, incarnée à la fois par la droite et par le mal nommé Parti «Socialiste». Partisan du libre échange et de la suppression des règlementations, il voit dans l’entreprise à but lucratif le moyen exclusif de la création de valeur pour la société et dans le marché le seul système de régulation pertinent.

Les Français ne partagent pas sa foi, ils ont bien vu les ravages du marché sur le monde et la société: des délocalisations à la déforestation, de la disparition des ouvriers à celle des ours polaires. Pour autant «il n’y a pas d’alternative», le totalitarisme soviétique ne fait plus rêver personne (fort heureusement), et les deux partis d’opposition (FN et Jean-Luc Mélenchon) sont construits sur le rejet : rejet des étrangers d’un côté, rejet de la Finance de l’autre et rejet partagé de l’Europe. Mais s’il peut suffire à grappiller ponctuellement les voix des électeurs en colère, le rejet n’a pas la force d’inspirer l’espoir dont les gens ont besoin pour se battre au quotidien.

Quelques bonnes nouvelles

Malgré ces perspectives peu réjouissantes, je pense qu’il a plusieurs lueurs d’espoir en ce début de quinquennat.

La première c’est la mort du bipartisme hypocrite qui ronge la politique Française depuis 35 ans. Trente-cinq années de comédie ridicules où le parti d’opposition tire à boulet rouge sur toutes les mesures du gouvernement en place, pour ensuite défendre les même lois une fois l’alternance venue. Regardez les interventions de François Hollande en 2006 qui s’indigne contre l’utilisation de l’article 49.3 par le gouvernement Villepin avant d’en défendre l’utilisation par Manuel Valls 10 ans plus tard.

François Hollande en 2006 s’indignant contre l’usage du 49.3

Les exemples sont innombrables et touchent tous les aspects de la politique du pays (réforme des retraites, déchéance de la nationalité, fichage biométrique des citoyens, etc.). Cette comédie peut enfin cesser, le parti socialiste et le parti de droite sont laminés et bon nombre de leurs membres ont rejoint leurs anciens «adversaires» au sein de La République En Marche. L’UMPS enfin réunie sous une même bannière ! Même pour les députés LR et PS qui n’ont pas rallié la majorité présidentielle, l’hypocrisie devrait être moins présente : je vois mal les anciens soutiens de François Fillon s’insurger contre la réduction du nombre de fonctionnaires ni Benoit Hamon prendre la défense de l’agro-industrie.

Autre point positif, la destruction de ces machines politiciennes qu’étaient le PS et LR, avec leurs guerres de pouvoir intestines entre différents «courants» à géométrie et idéologie variable. Ces deux monstres protéiformes sont à l’agonie et ils ne contrôleront plus jamais les rênes de la politique Française, pour le plus grand bonheur de tout le monde. Avec la mort de ces deux cartels politiques, on peut espérer voir diminuer les comportements «moutonniers» des députés. Dans le vieux système bipartisan, les députés étaient des hommes politiques de carrière, investis par leur parti. La moindre infidélité à la ligne directrice étant synonyme de sanctions et pouvant mener à la fin de la carrière politique. C’est pourquoi on a pu voir dans les précédentes législatures des parlementaires s’indigner à grands cris contre la politique de leur majorité mais sans jamais que leur vote ne suive leur parole. Benoit Hamon et les «frondeurs» du PS par exemple n’ont pas voté la motion de censure contre Manuel Valls lors du 49.3 sur la loi travail1. Une bonne partie des députés LREM n’ayant pas fait leur carrière en politique, on peut espérer une plus grande indépendance vis-à-vis de la direction officielle du parti. Cela ne sera probablement pas le cas lors de la première année de mandat, l’inexpérience de ces nouveaux députés assurant au gouvernement une certaine docilité mais, au fil du temps, on pourrait voir ces députés prendre de plus en plus d’autonomie. Si tel était le cas, l’assemblée pourrait peut-être redevenir un lieu central du débat démocratique, au lieu de se comporter comme une simple chambre d’enregistrement des lois soumises par le gouvernement comme ça a pu être le cas ces dernières années. À moins que le gouvernement ne s’habitue aux ordonnances, et au confort de l’absence de débat parlementaire qu’elles entrainent …

Pour finir avec la nouvelle majorité parlementaire, on peut se réjouir du fait que la représentation des femmes y est à son plus haut niveau historique, faisant un pas de plus vers la parité en politique. Certains verront le verre à moitié vide, faisant remarquer que les femmes n’occupent aucun des postes important à l’assemblée2 (présidence de l’assemblé, présidence des groupes parlementaires) pas plus que les ministères importants (la première femme dans l’ordre protocolaire des ministres du gouvernement pointe à la 11ème place). Mais je préfère voir le verre à moitié plein, en me disant qu’avec 3 fois plus de femmes au parlement qu’il y a 15 ans3, on est quand même dans une très bonne dynamique.

L’inconnue Nicolas Hulot

Enfin, la lueur d’espoir que j’ai vis-à-vis du quinquennat à venir, c’est aussi la plus grande surprise des nominations du gouvernement : Nicolas Hulot. Engagé de longue date pour la protection de l’environnement, son attachement à l’écologie ne fait aucun doute, contrairement à ses prédécesseurs au poste de Ministre de l’Écologie (Ségolène Royal lol!). La vraie question sera de savoir quel Nicolas Hulot sera au gouvernement : aura-t-on affaire au Nicolas Hulot anti-capitaliste et décroissant, en colère contre la société contemporaine qui détruit sa planète pour des profits à court terme, réalisateur du film le Syndrome du Titanique, celui qui accompagne Pierre Rabhi et Cyril Dion lors de l’annonce de la création du Mouvement Colibris ?

annonce de la création du mouvement colibris Nicolas Hulot (à gauche), Pierre Rabhi (au centre) et Cyril Dion lors de la fondation du Mouvement Colibris

Ou bien aura-t-on plutôt affaire au Nicolas Hulot policé, qui s’arrange avec les multinationales pour financer sa fondation, ou se satisfait de l’accord de Paris sur le climat, monument d’hypocrisie des dirigeants politiques du monde entier ?

Dans les plans de Macron, l’écologie est avant-tout un faire-valoir marketing, et la nomination de Nicolas Hulot rentre incontestablement dans cette logique de communication. Mais Nicolas Hulot lui-même n’a pas grand-chose à gagner à rester dans ce rôle d’alibi écologique de Macron. Les mauvaises langues pourraient dire qu’il l’a fait juste pour avoir un poste de Ministre, mais ça ne tient pas la route une seconde : il a décliné les propositions de tous les chefs d’états précédents qui lui ont proposé ce poste de ministre depuis 10 ans. Si c’était le poste de ses rêves, il aurait largement pu saisir l’occasion par le passé. Pourquoi alors, si ce n’est parce qu’il espère sincèrement être capable de peser pour faire changer les choses ?

En tout cas, je lui souhaite bon courage, car j’ai du mal à voir comment la transition écologique peut s’intégrer dans le business plan de la start-up nation président Macron.